Souvenirs

Publié le par nagui chehata

Avec deux jours de retard, le patron souhaite faire revivre le passé de ce jour qui a permis de changer la face de l'Egypte. Pour ce, il a pensé que cet extrait de lettres d'un cooperant français travaillant au collège en 73 pouvait être intéressant. Bonne lecture donc!

Le Caire, samedi 6 octobre 1973 : début de la Guerre d'Octobre... En début d'après-midi, le père Jobin fait irruption dans ma chambre et m'annonce : "c'est la guerre !"... et il repart diffuser la nouvelle ailleurs... Une certaine agitation dans le couloir, faite de chuchotements et de va-et-vient, me confirme que, pour une fois, le père Jobin, d'origine helvétique, ne fait pas dans l'humour suisse... Je crois que mon transistor à ondes courtes va servir. Je cherche à capter une radio française pour en savoir plus... J'apprends ainsi, entre deux parasitages, que Le Caire a été bombardé... Pourtant, de ma fenêtre ouverte ne me parviennent que les bruits habituels : moteurs, klaxons, cris des marchands ambulants... Il reste que l'armée égyptienne aurait traversé le Canal de Suez pour tenter de récupérer le Sinaï occupé par les Israéliens depuis la Guerre des Six jours, en juin 1967... Les écoles sont fermées jusqu'à nouvel ordre... alors que la rentrée vient à peine d'avoir lieu...

Le Caire, 13 octobre 1973

... profitant du départ d'un groupe de touristes français rapatriés par bateau, je vous envoie cette lettre en espérant qu'elle vous parviendra. Ici, tout va bien, on continue à mener une vie aussi normale que possible. Bien entendu, je suis en congé forcé depuis 8 jours puisque les écoles ont été fermées. Mais les cours des classes de Secondes, Premières et Terminales continuent : c'est dire que la situation actuelle n'est pas critique pour Le Caire. Mais il ne faudrait pas que cela s'éternise... Pour le moment, je vais au cinéma, chez mon toubib, dans les parcs publics... etc... sans problèmes... Le collège est toujours debout. Bien sûr, la vie de la communauté a un peu changé : on partage les nouvelles, on discute, on se presse devant la télé et, le soir venu, on ferme les volets, suivant les consignes de défense passive. La nuit, la ville est plongée dans l'obscurité. Les vitres et les phares des autos ont été bleuis. Des sacs de sable s'entassent devant certaines entrées d'immeuble ( notamment devant celle de la radio-télévision ) et sur certaines vitrines des bandes de papier collant ont été apposées, pour limiter les éclats en cas de bombardement... Il n'est pas question de sortir du Caire ( où l'on peut se déplacer assez librement, mais sans appareil-photo : le tourisme est remis à une date ultérieure, pour raison d'Etat...). Il est inutile de m'écrire en ce moment, puisque les relations extérieures de l'Egypte sont coupées. Dès qu'elles seront rétablies, je vous écrirai à nouveau, par la voie habituelle. J'espère tout de même que les nouvelles en provenance du Proche-Orient ne vous ont pas trop affolés. Au Caire règnent la confiance et la philosophie : "ça devait arriver, les temps ont changé...etc...". Les sirènes des alertes aériennes n'inquiètent personne et c'est tout juste si les gens lèvent le nez... Les journaux font des affaires et les transistors sont en service permanent. Le réalisme est de rigueur : tout le monde est conscient des pertes en vies humaines que cette guerre occasionne sur le front. Mais l'abcès est crevé : tous les complexes d'infériorité, tous les refoulements, toutes les rancoeurs sont en train de faire place à l'espoir... Pourvu que la suite des événements justifie ce dernier. Il faut attendre.

Les messes du dimanche soir continuent, mais ce n'est plus de la routine. Les gens viennent plus nombreux, plus fervents, et chantent davantage, depuis le 6 octobre. Faut-il donc des guerres pour raviver la piété ? Il est vrai que nombre de ces fidèles ont un parent ou un ami au front. Je ne peux pas dire grand'chose de plus. Je vous écrirai plus longuement "après".

 

 

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N
Trop facile a dire , mais il suuffit de regarder un peu autour de toi pour voir qu'en temps de guerre, malheureusement pour les uns et heureusement pour les autres, tout est permis, même les pires absurdités. Il suffit de regarder la scène mondiale. Puis, mon cher, cette escalade de violence, ce n'est quand meme pas les egyptiens qui l'ont commencé, on est bien d'accord ?
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H
ce fait divers n'est pas à la gloire de l'Egypte. Attaquer Israel le jour de Yom Kippour, c'est comme si l'Egypte se faisait attaquer le jour de l'Aït el-Kebir... <br /> plus de 8000 morts du coté de la coalition arabe, après avoir été écrasée sur le front du Golan et du canal de Suez, en quelques jours... une escalade la violence complétement inutile...
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