La femme de la rue ramses

Publié le par nagui chehata


Le patron la voyait depuis un an toujours au même endroit: Chaque matin, vers 7 heures, elle était là, au milieu de la rue ramses, exactement sur le trottoir en face du collège Jésuites, envellopée dans une couverture en laine crasseuse, installée bien tranquillement. Parfois, elle préparait un thé sur un petit réchaud, ou bien elle s'activait lentement à boullir un oeuf. Elle le mangeait, tout en essayant de se soucier peu du vacarme des voitures qui passaient des deux cotés, conduits par des chauffeurs tout aussi intrigués de la présence de cette créature au beau milieu de la rue ramses. Chaque matin, le patron se demandait s'il allait la revoir, ou bien si elle serait morte frigorifiée durant les nuits froides de l'hiver.
Il l'appercevait parfois trainant derrière elle deux chariots sur lesquels elle avait entassé tout ce qu'elle pouvait posseder. Le tout était soigneusement mis dans des sacs en plastique, des boites en plastique. Elle progressait ainsi tantôt sur la rue ramses, tantot dans les grands avenus d'héliopolis, tirant péniblement un chariot, puis l'autre. Avançant à pas de tortue, retournant pour chercher l'autre chariot, s'arrêtant pour effacer la sueur qui dégoulinait sur son visage toujours enfoui sous un chapeau en paille, elle resemblait à une vieille mouche qui s'activait au ralenti.
Parfois, elle disparaissait pour quelques jours. Le patron alors s'inquiétait, maudissant le fait qu'il n'a jamais pris le temps de s'arrêter pour parler avec elle et pour découvrir son histoire.
Puis un jour, en attendant tranquillement un taxi devant le portail de son école, le patron l'a vue. Elle s'approchait de lui, trainant toujours ses deux chariots à tour de rôle. Avançait de quelques mètres, puis reculait pour aller chercher ll'autre chariot, elle le tirait tranquillement, toujours son visage caché sous son chapeau. Les voitures continuaient à la dépasser sans un klaxon.
Le patron allait-il enfin se décider à lui parler? Et si elle était folle ? Et si elle se mettait à crier dans la rue juste en face du collège? Il n'aura pas l'air malin le patron et tout le collège sera au courant!
La voilà qui le dépasse. Elle n'a même pas soulevé la tête pour le regarder. Elle a tout simplement continuer à tirer. Le patron a essayé de chercher son regard pour le croiser et commencer ainsi une discution. Mais rien. La créature l'a ignoré totalement. Le patron maudissait sa lachété. Durant toute l'année scolaire il s'était dit que s'il avait eu le temps il se serait arrété pour lui parler. Et maintenant que l'occasion se présentait, il se taisait comme s'il avait perdu l'emploi de la parole, comme s'il était hypnotisé face à cette apparition. Non, il n'allait pas rester là comme un con à se dire " j'aurais dû". Il s'avance vers elle. Une forte odeur indiscriptible se dégage. Plus il s'apporche d'elle plus il remarque l'epaisse couche de crasse qui couvre une peau jadis blanche.

- Bonjour madame.
- Oui, bonjour...
Quelle voix! une voix toute douce, toute gentille, comme celle des bonnes grand-mères assises à côté des cheminés. Quels yeux! des yeux bleus, qui devaient faire craquer pleins d'hommes autrefois. Quelle odeur! odeur insupportable, un mélange de transpiration et d'urine qui feraient fuir un chien galeux.
- Je vous vois depuis un an, assise toujours sur une chaise au beau milieu de la rue, et je veux vous parler depuis longtemps. J'aimerais connaitre votre histoire. Pourquoi vous êtes dans la rue? Vous n'avez plus de maison.
- ah, mon histoire! Moi j'étais une femme très bien. Je vivais avec une famille à mohandessin depuis longtemps. J'ai passé chez eux toute ma vie ou presque. J'aidais un peu la famille. Puis, la famille est partie. Ils ont voyagé. Ils n'ont pas voulu me prendre avec eux. Alors depuis un an, oui, un an maintenant je vis dans la rue.
- Mais comment vous faites? c'est très difficile à votre âge de vivre ainsi. Pourquoi vous n'êtes pas allée dans un asils chez les soeurs indiennes par exemple juste là à daher? ça sera mieux et on prendra soin de vous.
- Non, je ne peux pas rester dans une maison fermée. Vous savez, les anges veulent ainsi !
- Les anges? quels anges?
- Les anges sont venus me rendre visite, et ils m'ont déconceillé de vivre dans un endroit fermé. Ils m'ont dit que je devais vivre dans la rue et qu'ils prendront soin de moi. Je fais ce qu'ils m'ont demandé. ça fait un an qu'ils s'occupent de moi.
- Vous pensez vraiment que ça ne sera pas mieux si on essayait de vous trouver un endroit?
- Non, je ne veux pas. les anges eux s'occupent de moi.
Face à cette argument, le patron ne savait plus quoi dire. Ils avait bien envie de voir ces anges et de leur dire de la laisser en paix. Mais apparement rien à faire. La dame au chapeau était convaincue que les anges la protégeraient.
- Ecoutez madame, moi je travaille ici, dans ce collège. Si jamais vous avez besoin de quoi que ce soit, venez me voir ici. Je ferai de mon mieux pour vous. Une dernière question: Est ce que je peux prendre votre visage en photo?
-Non, je ne préfère pas. Mais gardez-moi dans votre coeur!
Puis, elle s'est éloignée, toujours en tirant un chariot, puis l'autre, tout en avançant ainsi dans le vacarme de la rue ramses. Elle s'appelait Noura.

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S
Bonjour Nagui,<br /> <br /> Rien n'est fortuit dans ce genre de rencontre...<br /> Cette dame a certainement signé un pacte avec la Vie d'une certaine façon, même si cela peut apparaître improbable et incroyable à nos yeux.<br /> Mais il n'en est rien. <br /> Là où nous voyons déchéance ou misère, solitude et abandon, elle, elle voit la Lumière...et les anges sont sans aucun doute là pour l'y conduire, croyez-moi.<br /> Bien à vous et merci pour ce blog riche de vos émouvants témoignages.<br /> C'est bien, car vous écrivez avec le coeur... Mieux, vous racontez.
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C
wow nagui<br /> ce texte m'a beaucoup toucher!<br /> c'est incroyable et ca nous montre un autre vue de la vie.<br /> j'espere que si vraimment elle a vecu une apparencce des anges, qu'ils lui garde en sante et en securiter.<br /> Merci de nous donne l'opportuniter de lire cet histoire certainement inoubliable.
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S
j'ai hâte de voir le prochain article... maintenant je suis accro à ton blog! je pense à toi pour demain! super bises
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N
Merci beaucoup pour tous. J'ai rencontré cette femme depuis quelques semaines mais j'attendais le moment juste pour pouvoir écire bien l'arcile et dire correctement tout ce que j'avais sur le coeur. Je suis content que l'article vous ait plu. Le caire est une ville où pleins d'histoires comme ça existent.
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Y
Ton article sur la vieille femme de ramses est vraiment superbe...tu devrais écrire des chroniques pour les journaux égyptiens, ça aurait du succès! Mais c'est normal, car tu as un amour très fort pour ton pays et les gens qui y vivent, moi c'est quelque chose que j'ai toujours apprécié en toi.
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