Villas en voie de disparition

Publié le par nagui chehata

Chaque fois que le patron va à Alexandrie, il éprouve un plaisir fou de contempler les superbes villas dispersées un peu partout dans la ville, quoique encerclées d'énormes immeubles d'une trentaine d'étages. Ces villas restent les rares témoins d'une époque d'or qu'Alexandrie cosmopolite a connue. Parfois, sur les murs de ces villas souvent inhabitées, le patron s'amusait à lire ce que les propriétaires ont écrit comme une menace: Ce terrain est la propriété privé de monsieur untel. Menace brandée face à ceux qui tenteraient de vendre ces villas à de riches egyptiens rêvant de tout détruire de construire d'autres horribles immeubles où l'on vent l'appart à des prix impossibles.
Rarement, par miracle, ces villas arrivent à resister à cette vague destructrice que connait Alexandrie depuis une vingtaine d'années. D'ailleurs cette belle villa qui trône face à l'azur de la mer a fait le sujet d'un feuilleton egyptien qui traitait justement de cette destruction massive de villas alexandrines. Le feuilleton se terminait avec les acteurs qui se mettaient debout face aux machines qui venaient détruire la villa, laissant les téléspéctateurs dans une attente angoissée d'une solution. Heureusement, la villa, réduite en ruine a pu resister et est actuellement transformée en projet de musée sous la protection de la première dame d'égypte.  Musée? On verra bien de quoi !
Mais, partout à Alexandrie, les petites rues autrefois bordées de villas entourées de jardins, ces rues se sont transformées en passages étroits entre des immeubles qui se touchent et qui s'élèvent comme des arbres géants dans une forêt amazoniène de béton. Même les gens ont changé. Alexandrie est devenue le lieu où tout égyptien rêve aller pour passer les vacances et respirer un peu d'air pur. Les habitants du Delta ont envahi la ville, transformant les rues en vraie foire où on vend de tout et de rien et où il est devenu painible de se promener sans se faire pousser par des gens sans même prendre le temps de s'escuser. La finesse, la délicatesse, l'élégance que cette ville a connues semblent avoir disparu avec les villas.

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N
eh oui, j'ai remarqué cela lors de mon court séjour à beirut et cela aussi m'a fort attristé. quelque part, je me sentais à alexandrie. tu as totalement raison. c'est le prix de la modernité et de la spéculation. merci de ton passage sur mon blog.
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K
Exactement la même chose se passe à Beyrouth depuis les années soixante: entre spécualtion immobiliaire, changements démographiques et guerre, il ne reste pas grand chose du patrimoine architectural...
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R
Salut nagui, alors qu'ici à nancy il fait 13 ° tes photos et tes textes me font voyager agréablement. Continue de nous envoyer ces tranches de vie, si chaleureuses, et si "chaudes". Bises. manuel
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