sale attente!

Publié le par nagui chehata


L’attente chez un médecin est souvent plus pénible que la maladie elle même. Le patron s’est donc réveillé tôt ce jour là pour filer à son école avant les embouteillages du matin. Bien que les cours commencent à 8 heures du matin et que le trajet entre son chez lui et son lieu de travail ne soit que de 7 kilomètres, le patron préfère partir de chez lui à sept heures moins le quart pour conduire tranquillement et arrive donc à son école à sept heures. Il se jette alors sur ses préparations ou sur ses interminables corrections jusqu’à l’heure de son cours. Hier, petite modification des cours afin qu’il puisse aller à son rendez-vous chez le médecin. Il décide aussi de laisser sa voiture à l’intérieure de l’école sachant très bien qu’il n’avait pas le moindre espoir de la garer dans le quartier de Dokki, là où se trouve l’hôpital et là où les immeubles s’élèvent à des vingtaines d’étages. Il savait qu’il serait dans l’impossibilité de se garer. Il est toujours bien prévoyant notre patron. Bref, le voilà qui traverse la rue Ramsès, autre aventure qu’il n’aime guère faire, et essaye pendant une quinzaine de minutes de héler un taxi vide. Enfin, un vieux chauffeur s’arrête. Il monte et se dirige vers l’hôpital. En chemin, il s’aperçoit qu’il avait oublié son portable à la maison : ce matin, il avait l’esprit ailleurs, et donc était parti sans vérifier s’il avait son portable avec lui. Comment allait-il rester en contacte avec sa mère, elle qui s’inquiète toujours quand son fils chéri va tout seul chez l’ophtalmo ? Arrivé à onze heures et demie à l’hôpital, il inscrit son nom dans la liste, la très longue liste d’attente. « Vous êtes le numéro 28 ! » lance une voix impitoyable ! Bon, il aura le temps de terminer ses corrections qu’il avait ramenées avec lui pendant ce temps d’attente. Prévoyant le patron ? Ben oui, la preuve ! Il s’installe donc sur le seul canapé confortable de la salle d’attente, après avoir enjambé quelques patients qui s’étaient endormis sur leurs chaises, laissant trainer des pieds dans tous les sens. Il sort ses affaires, comme s’il était habitué à venir tous les jours faire ses corrections entouré de cette bande de personnes borgnes. Quelques têtes se lèvent et jettent un coup d’œil furtif sur le patron et ses copies qu’il essaye de corriger sans se préoccuper ni des gens qui l’entourent ni de la prière interminable qui émanait d’une télé accrochée au mur. Au bout de quelques minutes, on l’appelle : il range tout dans son sac et va pour payer sa visite : cette foi-ci c’est payant puisqu’il s’était fait opéré depuis plus que deux mois et que le suivi  gratuit d’une opération ne dure que deux mois. Une dame a pris sa place ! Eh oui, qui va à la chasse… ! Bon, il s’installe sur un autre canapé, moins confortable et replonge dans ses copies sous le regard intéressé des patients. On l’appelle une deuxième fois. Il range de nouveau tout son bordel et se dirige vers là où on lui fait un premier examen rapide. Les demoiselles en roses, les infirmières le saluent, il les taquine un peu. Elles rient. Bref, elles l’aiment bien le patron. Il profite alors pour leur demander s’il ne pouvait pas trouver une petite table pour pouvoir étaler plus facilement ses copies et corriger les examens de ses élèves chéris. Miracle ! Une des infirmières l’emmène vers une toute petite pièce où il n’y avait personne. « Vous pouvez vous installer ici tranquillement » Génial ! Il a même le luxe d’avoir une climatisation mal réglée dans cette pièce minuscule. Il se lance alors à corriger pendant deux longues heures. Au moins, ça tue le temps. Mission accomplie : les copies sont corrigées, les totaux sont faits, le patron sort enfin de cette petite pièce frigorifié. Il ne sent plus ses jambes. Il a mal à la gorge. Il a quand même terminé ses corrections et a réussi à tuer deux heures du temps d’attente. Puis, après, c’est l’horreur ! Le patron n’en pouvait plus d’attendre : Il savait que sa mère s’inquiétait mais n’avait aucun moyen de lui téléphoner. Il était trois heures et demie lorsqu’il ose enfin demander à un autre patient assis à coté de lui s’il pouvait utiliser son portable. La générosité égyptienne est toujours au rendez-vous dans ces circonstances. Il appelle donc sa mère qui pensait que son fils chéri était déjà rentré à la maison après tant d’attente ! « Non maman, j’attends toujours. Ne t’inquiète pas ! Mais ça va être long. On est encore au numéro 16. » Les minutes passent lentes et les visages des patients se creusent de fatigue. Le patron sent la fièvre monter. Il a surement chopé froid dans cette petite cage de correction. Il commence à sentir la faim le torturer. Vers seize heures et demie, il n’en peut plus. Il a presque envie de partir et de ne plus jamais revenir. Tant pis pour son œil. Mais c’est certainement pas humain de passer cinq heures d’attente pour une visite de routine. Il s’approche de la porte du docteur après avoir trouvé une chaise qui se libère. Il suit la conversation de deux bonnes femmes à propos de leurs cas. Il se rappelle soudain qu’il doit encore retourner à l’école pour prendre sa voiture et aller au centre culturel pour assurer deux heures et demies de cours. Il ne se sent certainement pas la force de conduire. Il ne peut même pas téléphoner au centre culturel pour se faire remplacer puisqu’il n’a pas son portable avec lui et qu’il ne se rappelle jamais des numéros. Enfin, cinq heures moins le quart : une fille en rose sort la tête de la porte et le regarde avec un grand sourire : «  C’est votre tour » ! Le patron rentre chez l’ophtalmo après avoir attendu cinq heures et quart ! L’ophtalmo l’ausculte tranquillement. Le cœur du patron bat à cent à l’heure. Il invoque en silence tous les saints qu’il connait. Le verdict tombe enfin : Tout va bien. Rendez-vous dans deux mois ! Le patron reprend ses souffles. Il annonce tout heureux à son médecin qu’il a recommencé  à reconduire ! Le docteur se met à rire et lui dit de faire quand même attention. Puis, petit temps d’arrêt : Le médecin demande de vérifier la pression de l’œil. Il avait raison : la tension de l’œil est trop élevée. Il faut changer et mettre du collyre différent. Rendez-vous dans deux semaines pour vérifier la tension ! Le patron sort, soulagé mais déprimé à l’idée que dans deux semaines il devra revivre ces heures interminables d’attente. Aujourd’hui le patron est au lit : il s’est choppé une grippe bien forte et doit se reposer et profiter de son vendredi. C’est aussi ça les hôpitaux : On y va presque sains et on en retourne encore plus malades !

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S
désolée de mettre trompée de jour...de toute façon tu n'avais pas ton portable ;-)<br /> je suis comme toi, au lit avec la grippe!<br /> bon repos!
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A
Bien contente de savoir que tout vas bien,<br /> Faites quand meme attention avec la tension de l'oeil et <br /> mettez votre collyre. <br /> All the best<br /> Anahid
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C
Mais c'est Kafkaien cet hôpital !
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J
dit c'est une scène pour une pièce de théatre ça !
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