Ville de contradictions

Publié le par nagui chehata

Depuis longtemps, le patron avait entendu parler d’une église toute particulière creusée dans la montagne du Mokatam, montagne rocheuse qui se trouve à l’Est du Caire. Il avait vu un reportage sur cette église à la télé et avait envie d’y aller pour découvrir ce lieu dont beaucoup parlent. Comme pour cette dernière journée des Gaulois en Egypte, le patron voulait faire avec eux un truc exceptionnel, il leur a proposé alors de les y emmener. Il s’était mis d’accord avec un chauffeur de Taxi copte qui connait bien l’endroit. Pour s’y rendre, il faut traverser le fameux bidonville des chiffonniers du Caire, là où la sœur Emmanuelle a travaillé pendant de longues années. Le patron a choisi de ne pas mettre de photos de ce quartier par respect à ses gens qui vivent dans des conditions indescriptibles. Il est choquant de voir, qu’au vingt unième siècle, il y a des gens qui vivent ainsi. Des ruelles extrêmement étroites où sont entassées des deux cotés d’énormes sacs de poubelle. Le tri de la poubelle se fait à la main, et autour de cette récolte nauséabonde, toute une vie s’est développée donnant lieu au plus grand bidonville du Caire. Une fois ce quartier traversé, non sans grande difficultés de manœuvres vue la largeur minime des rues à doubles sens, le patron et ses clients se sont trouvés enfin juste au flanc de la montagne dans un endroit bien tranquille. C’est le couvent de saint Simon le tanneur. La légende dit que la Vierge aurait apparu à ce saint lui annonçant le miracle du déplacement de la montagne de Mokatam. Cela a été effectué après trois jours de jeûne et de prière à l’intérieur de l’Eglise de la Vierge, l’Eglise suspendue du Vieux Caire. La montagne fût déplacée. Cette église dans la montagne était d’abord une grotte d’un mètre de hauteur où les frères venaient prier. Petit à petit, on commença à creuser encore plus. Mais comme tout cela s’est passé dans les années quarte vingt à l’époque où il était strictement interdit de construire la moindre église en Egypte, ni d’y réparer un robinet que par décret présidentiel, les constructeurs de l’église attendaient l’heure de la rupture du jeûne du Ramadan, au moment où le canon tonnait pour annoncer la rupture du jeûne, les constructeurs eux faisaient sauter une partie de la grotte pour l’agrandir. Ils ne travaillaient donc que pendant tout le mois du Ramadan de chaque années et ce pendant des années. Puis, le reste du temps, ils enlevaient les pierres qui s’en étaient détachés. Ainsi, petit à petit, cette grotte a pris de l’ampleur loin des yeux des autorités. Le nombre de fidèles augmenta considérablement. Des artistes italiens sont venus faires des gravures des scènes de la Bible sur les parois rocheux de la grotte qui ne cessait de grandir avec chaque mois de Ramadan. Les travaux ont duré une quinzaine d’années et des gradins ont été ajoutés pour pouvoir y accueillir plus que mille personnes. Le 27 novembre fut décidé la fête de Saint Simon le tanneur et des reliques de ce Saint furent apportées dans cette église. L’endroit est devenu un haut lieu de tourisme et de pèlerinages et le patron ainsi que ses clients se sont trouvés entouré d’innombrables coptes en visite à ce lieu. Après cette visite, il fallait quand même terminer avec une vue panoramique sur le Caire fatimide. C’est comme ça le patron, il aime toujours jongler entre ces deux ailes qui forment la société égyptienne. Une promenade au jardin d’el Azhar. Parc aménagé depuis quelques années et devenu un des plus beaux endroits à visiter au Caire. Cet endroit était un dépôt de poubelle lui aussi et a été finance par L’Aga Khan et a ouvert ses portes en 2005. Mais l’idée d’y aller un vendredi est loin d’être la meilleure. Des centaines et des centaines de familles avaient eu la même idée que le patron et les Gaulois se sont trouvés ainsi devant des scènes de joie et de décontraction typiquement égyptiennes. Heureusement que le jardin est immense et que une équipe de nettoyage performante rendait à ce jardin une beauté toute particulière. Là aussi, les Gaulois ont profité d’une vue panoramique sur le Caire, avec ses minarets, ses immeubles, mais surtout, ils ont pu voir les gens s’amuser. Comme le jardin est propre et beau, les égyptiens s’y sentent bien et le stress permanent dans lequel ils vivent semble disparaître comme absorber par cette verdure environnante. Des lacs artificiels, des pelouses bien tondues, des bancs en état, bref, le jardin est un des rares endroits au Caire où on sent que les visiteurs sont respectés en tant qu’êtres humains. Des restaurants très joliment construits et décorés offrent des plats égyptiens, libanais, etc. Mais, comme c’était le Vendredi, et comme tout est bloqué jusqu’à la fin de la prière de midi, qui fini en réalité à treize heure trente, les Gaulois n’ont pas pu attendre le rythme égyptien des repas décalés. Installés au resto en attendant déjà depuis pas mal de temps, lorsque les minarets ont cessé de diffuser leur prière, les Gaulois ainsi que le patron pensaient qu’ils allaient enfin pouvoir manger. Mais rien de tel : Ils devaient encore attendre une bonne heure que le repas soit prêt. Excédés par tant d’attente, ils quittent le lieu magique pour finir dans un Mc do sur Héliopolis. Eh oui, c’est moins sympa, mais au moins on y mange quand on a faim même pendant la prière du Vendredi. 

Et pour cette dernière soirée, le Gaulois avait envie de voir une danseuse de ventre. Le patron alors a proposé d’aller manger sur un bateau resto au bord du Nil. Grosse différence entre le début de la journée, dans le bidonville des chiffonniers, et les riches égyptiens qui remplissaient tranquillement leurs assiettes du buffet ouvert du Nile Scarabée. La danseuse de ventre était au rendez vous, et les Gaulois ainsi que le patron ont bien profité pour poser avec elle. Le Caire semblait magique vue du Nil, avec cette étendue de lumières qui étincelaient sur les riches et sur les pauvres. Les Gaulois sont partis de cette ville riche en contradictions mais que le patron aime tant avec pleins d’images, de sons, d’odeurs aux fonds d’eux. Ils y reviendront, le patron le sait bien et découvriront avec le patron d’autres lieux magiques dont grouille ce pays qu’on aime et qu’on déteste en même temps mais dont on ne peut trop s’éloigner.

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M
J ai visualisé les segments hier, et j ai beaucoup aimé, tes talents...tu as plus d un tour ds ta poche..
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N
Eh oui Mounia, la danse de ventre est devenu un savoir vivre qui aide les gens à se débarasser de leur souci. va me voir entrain de danser sur le blog de ballade egyptienne. tu me diras ce que tu en penses.
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M
c est époustouflant...à vous couper le souffle..j en ai déjà entendu parler, voir lu quelques articles, mais de voir les prises de vues...waw.. un seule épithéte arabe me vient à l ésprit..rawaa..quant à rakkasa...c est un de ses paradoxe que j adore..du reccueillement le plus sacré ds un décor unique,et millénaire..au virement total, qui tombe des nues...rires..franchement j adore, on ne risquerait pas de s y ennuer en tout cas... <br /> révérence toute basse, ya hadrit el bacha<br /> mounia
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B
Bonjour Nagui,<br /> Moi aussi j'avais été très impressionnée par l'église Saint Siméon, et un collègue m'a donné un livre sur l'histoire de la montagne du Mokattam. J'en ai fait un article qui s'intitule Mokattam et Zaballin. J'aurais bien voulu voir chez les chiffoniers les machines qui recyclent les déchets (plastique, métal, et aussi couches-culottes). Mais comme toi, j'étais gênée de traverser ce quartier.
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J
Nagui, j'ai retrouvé la gauloise avec des yeux pétillants et des souvenirs merveilleux à me raconter. Tu les as vraiment gatés, tu es un hôte remarquable !
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