Fin d'année !

Publié le par nagui chehata

Le patron de la pension de la joie peut enfin aujourd’hui respirer ! Il vient de terminer une période d’intenses préparations de ses élèves aux examens de fin d’années ! En deux jours, il a tout simplement travaillé vingt quatre heures de cours ! Actuellement, pendant qu’il écrit cet article, ses élèves sont entrain de passer leur examen final. Malheureusement, en Egypte, le système scolaire est tel que tout est basé sur deux gros examens durant l’année : Celui de la mi-année, et celui de la fin d’année, qui, pour eux seuls, comptent pour 80 pour cent de la note finale. Durant l’année scolaire, les élèves se voient aussi obligés de passer six contrôles où il sont interrogés sur les parties vue durant chaque mois. Les élèves égyptiens du coup vivent dans cette terreur d’examen et la pression dans les familles se fait sentir intensément depuis les premiers jours de l’année scolaire. Comme chaque élève est uniquement évalué sur ce qu’il sait, ou, ne sait pas faire, durant un examen, une peur-angoisse s’installe souvent, ce qui, du coup, poussent les élèves à avoir recours au cours privés, système très largement critiqué par les autorités pédagogiques, et par ceux qui sont hors ce système. Les professeurs se voient donc sollicités, depuis le début de l’année, à donner des cours privés à ses élèves, pour les entrainer à bien répondre aux examens. Il faut dire aussi que, ces fameux cours privés sont une bénédiction pour les professeurs puisqu’ils leur permettent d’arrondir les fins de mois, et d’économiser pour pouvoir ainsi subvenir aux besoins d’une vie meilleure, puisque le salaire d’un professeur s’évapore en moins que dix jours face à la cherté de la vie en Egypte. Là, le patron souhaite quand même attirer l’attention de ses lecteurs et amis, que, si un jeune diplômé décide de travailler dans un de ces  centres d’appel (très répandus actuellement en Egypte) il touche un salaire nettement supérieur à un salaire d’un professeur après 16 ans d’expérience ! Le patron connait d’ailleurs un nouveau professeur qui a décidé de laisser l’enseignement et d’aller travailler dans un de ces centres d’appel. Le patron était vert quand il a entendu la somme que son jeune ex-collègue touche actuellement ! Dans sa crise de la quarantaine, le patron se demande parfois s’il a eu tort de choisir un tel métier. Parfois, l’éclat d’une belle voiture, d’une villa au bord de la mer rouge, d’une autre dans une des ces nouvelles banlieues du Caire, des derniers portables hi Tech, d’habits signés venant tout directement des plus grands magasins d’Europe, vient lui chatouiller le cerveau. Se serait-il trompé de carrière ? N’aurait-il pas fait mieux de se clouer derrière un téléphone à répondre pendant des heures aux appels de consommateurs angoissés ? Pourquoi s’acharne-t-il à enseigner une langue que ses élèves eux-mêmes ont honte de parler parce que « trop féminine » d’après les préjudices d’une société trop machiste ! « Mais, Monsieur, c’est l’anglais maintenant qui est à la mode ! On ne va même pas utiliser le français avec lequel vous nous casser les c…, euh, les oreilles ! » Combien de fois, le patron-professeur s’est-il lancé à leur expliquer la finesse de la littérature française, la beauté des textes qu’il leur lit en classe. Combien de discours leur a-t-il fait sur le privilège de parler une langue comme le français et de faire partie de ces privilégiés qui pourraient travailler avec les pays francophones et occuper ainsi des postes clés dans la société. Il a souvent l’impression de souffler dans un ballon troué ! Ses élèves, eux, sont déjà privilégiés : Ils font déjà partie de ceux dont les parents ont de belles voitures, des villas au bord de mer, d’autres dans les banlieues du Caire, de portables beaucoup plus modernes que le sien. Mais, combien est grande la joie du patron-professeur, quand il croise, quelques années plus tard, ses anciens élèves qui se précipitent ver lui pour le saluer, l’embrasser, avec ce regard plein de reconnaissance au fond de leurs yeux. Alors, à ce moment là, le patron-professeur se dit : « J’ai bien choisi ! »

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S
J'aime bien ton attitude positive aux récents changements dans ton ménage. Moi aussi, en vacances depuis deux jours seulement, je retrouve les simples plaisirs de la maison, rendue plus vive par le retour de David de Berkeley qui, en co-présence avec son frère cadet, crée un grand joyeux bordel. Gros bisous et bonne chance avec la recherche d'un nouveau majordome, Silvia
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J
tu un des meilleurs profs de français que je connais car non seulement tu leur apprend le français mais tu les écoute et c'est de ça qu'ils te sont reconnaissant !
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M
Ne regrette rien Nagui<br /> Les personnes qui travaillent dans les centres d'appel sont surveillées en permanence, pressurisées, aucune erreur ne leur est permise...<br /> Ne regrette rien. tu es bien à ta place auprès des élèves ; ils te le montrent bien<br /> L'argent ne fait pas le bonheur. c'est le coeur qui apporte joie et bonheur<br /> Tu aimes tant la relation aux autres...Et nous en sommes tellement heureux à notre tour !<br /> Bises M*
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M
Cher Nagui,<br /> <br /> Ta générosité et ta curiosité sont beaucoup plus profitables en "live" que dans un centre d'appel...<br /> Quelle chance ont tes élèves d'avoir un formateur aussi cultivé,passionné par son boulot et tutti quanti.<br /> Ensuite, tu leur fais comprendre et accepter la richesse des différences : anglais/français, copte/musulman, petit bonhomme/icônes papier glacé, etc...<br /> Fais leur comprendre qu'il faut parler arabe et anglais et français et chinois et espagnol !<br /> <br /> Quand à la richesse et ses signes extérieurs, mieux vaut la tienne, celle du cœur !<br /> <br /> Amitiés<br /> <br /> Michel
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L
Dis toi que tu as un métier plus honorable que ceux qui sont en centre d'appel, si tant est qu'honorable signifie encore qqchose. Et puis le jour où les centres d'appel se délocaliseront vers des pays qui payent moins et bien se sont tes ex collègues qui vont se retrouver sur le carreau. A noter que les centres d'appel ont besoin de francophones : dc il faut les former ces petits francophones... dis à tes élèves machos que s'ils parlent bien français ils pourront travailler ds les centres d'appel:)<br /> Bises et bon courage pour les corrections, les cours pour le rattrapage....:D
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