Ibiza du Caire

Publié le par nagui chehata

Le patron est en vacances depuis déjà une semaine. Déjà ? Eh oui, lorsqu’on est professeur au Caire pour des classes du collège, et que l’Etat décide de terminer l’année scolaire le 21 mai, alors que les mêmes classes à Alexandrie, qui n’est qu’à deux heures du Caire, terminent le 10 juin, on se demande un peu avec quelle logique le ministère de l’éducation fonctionne. Apparemment, il ne faut pas trop se casser la tête parce qu’il n’y en a pas. Le patron est-il alors privilégié par rapport à ses collègues d’Alexandrie ou même par rapport à ses collègues des années supérieures ? Certainement oui si le patron était comme tout le monde. Mais le problème c’est qu’il n’est pas habitué à ce fare niente qui lui est imposé. Il invente donc des sorties mais parfois se trouve tout seul comme un con dans un endroit magique. Samedi matin, le patron appelle un chauffeur de taxi qu’il connait bien pour l’emmener au sud du Caire, dans un endroit de rêve : Le club Mohamed Ali, situé juste sur le Nil, en face du beau quartier de Maadi. Pour y aller, le patron traverse un des quartiers les plus pauvres du Caire : El Mounib. Quartier où il ne s’est jamais aventuré mais qui est réputé d’être un autre de ses grands bidonvilles dont le Caire est aussi réputé. Arrivé à la porte du Club, le décor change totalement : un oasis de paix et de sérénité s’offre à ses yeux. Pelouse merveilleusement taillée, palmiers se dressant dans toutes directions haut dans le ciel, comme pour narguer les habitants de l’autre coté de la rue et qui, eux, n’auraient probablement jamais la chance d’entrer dans ce paradis privé. Le club Mohamed Ali est l’Ibiza du Caire. Piscine merveilleuse avec jacuzzi, fontaine d’eau, chaises longues et parasols brandissant fièrement la marque Stella (la bière préférée du patron). A onze heures du matin, l’endroit est encore presque désert : deux trois couples d’amoureux, les uns se serrent dans la piscine, les autres bavardant tranquillement allongés au soleil. Nana en super bikini, mecs bien musclés qui friment derrière leurs lunettes de soleil de marque. Le directeur du club, Sayed, un grand gaillard chauve bien bronzé vient saluer avec un grand sourire le patron. « Kol sana wenta tayeb Monsieur Nagui », expression dite en toute occasion en Egypte. Kol sana wenta tayeb, traduit littéralement « Que chaque année tu sois en forme ! » Là, le retour du patron à la piscine était l’occasion d’or pour que le dirlo du club la lui dise. Le patron le salue, lui fait la remarque de nouveau sur cette musique insupportable qui gâche la paix et la magie du club. Le dirlo se fond en excuses et lui dit que les clients en veulent ainsi. Rien à faire, le patron a compris désormais qu’il devrait la subir toute la journée, espérant toujours qu’un client gueule un peu plus fort pour qu’on baisse la musique. Lui, il en a tellement gueulé l’année dernière pour cette manie de mettre une musique de m… au club, il s’était même énervé une fois et était parti du club au beau milieu d’une journée parce que le son devenait insupportable. Mais, pour survivre en Egypte, il faut désormais faire contre mauvaise fortune bon cœur. Le patron essayera de faire semblant qu’il n’y a pas de musique et tentera de s’amuser et de se relaxer malgré tout. Les heures avancent et les clients arrivent tranquillement, réveillés à peine après des nuits souvent courtes. En Egypte, les gens dorment tard, voire très tard, notamment en été. Le patron passe son temps à regarder les gens s’amuser. Un client excédé par la musique commence à gueuler, monte sur ses grands chevaux, téléphone au proprio de son portable. Le patron observe avec grand intérêt cette scène. Arrêteront-ils enfin cette musique assourdissante ? Ce client a-t-il assez de pouvoir au club ? La conversation traine en longueur, puis se termine soudain. Mais la musique continue pour un peu. Négociations entre le directeur et un groupe assis un peu plus loin. Puis, enfin, la musique s’arrête. Applaudissement du client excédé vers le groupe comme pour remercier. Un des mecs, un grand bien musclé, la frime à mort, lève le bras comme pour s’excuser. Le patron savoure enfin cette victoire. Mais ce n’est qu’une victoire éphémère : dix minutes plus tard, la musique reprend, moins forte, puis de plus en plus forte. Décidément, rien à faire. Il faut prendre son mal en patience. Que faire ? La chaleur devient insupportable. Un petit plongeon dans la piscine. L’eau est encore trop fraiche. Il remonte vite, commande une bonne Stella fraiche et se met à lire le magazine qu’une amie française vient de lui ramener de France. Au moins ça l’occupera un peu. Il envoie un texto à des amis pour qu’ils viennent le rejoindre mais tous sont occupés. Ben oui, normale : Quelle idée d’être obligatoirement en vacances en plein mois de Mai. Le temps passe, les bières s’entassent. Finalement le grand Frédéric arrive. Ils papotent un peu, parlent de la pièce que le patron venait de voir. Puis, comme Frédéric a encore des corrections puisqu’il travaille encore lui, au bout de deux heures, il repart. Le patron continue à consommer des bières. Il s’ennuie. Il pense alors à tous ces gens qui n’ont pas cette chance de passer une journée comme celle-là. Il a honte. Mais, si le patron n’est pas entouré de sa tribu d’amis, il ne sent pas bien. Il appelle alors son chauffeur de taxi pour lui demander de passer plus tôt que prévu. Il décide enfin de visiter le bâtiment en restauration permanente depuis plusieurs années. Ça l’occuperait un peu. Il s’aventure seul alors à l’intérieur de ce palais, découvre avec émerveillement un magnifique escalier en marbre. Il monte à l’étage pour se trouver dans une salle immense avec une superbe fenêtre en qui donne sur la piscine et la vue sur le Nil. Dommage que cet endroit ne soit pas mieux utilisé. Ça ferait une merveilleuse salle de spectacle, ou une galerie d’art fantastique. Finalement, son téléphone sonne. « Itzi bitsi petit bikini » de Dalida résonne dans la salle vide. C’est son chauffeur qui est enfin arrivé. Il part, laissant les filles en bikini, les mecs musclés s’amuser sur cette Ibiza du Caire.

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C
bonjour je découvre ton blog via tifet,super
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N
<br /> Merci beaucoup pour ton message ! j'espère que tu seras un lecteur assidu et qu'on aura l'occasion de mieux se connaitre un jour !<br /> <br /> <br />
G
bon bah peut-etre qu'on s'y recroisera un jour dans ce petit lieu de paradis? Bises a toi en vacances, veinard!
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M
Et elles sont où les photos des filles en bikini ?
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S
et c'est vrai que d'avoir sa piscine privé tu ne pourras plus faire ton show de danse dans la piscine devant tout le monde ( do you remenber?)espèce de dragueur ;-)
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J
Hey mon Nagui ! t'es pas tombé dans le piscine...lol!<br /> <br /> Bisoussssssssssssssssssss
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