La première !

Publié le par nagui chehata

Il est dix sept heures. Le patron salue son ami alexandrin venu exprès pour assister à la première de la pièce et part en plein chaleur à la recherche d’un taxi direction l’opéra du Caire. C’est dans l’enceinte de ce bâtiment que, quelques heures plus tard, il sera sur scène sous les projecteurs. Il a préféré prendre un taxi pour ne pas conduire et stresser avant de jouer sur scène, surtout que la veille, après six heures de répétition, sa voiture lui a fait le coup de la panne quand il rentrait avec, épuisé et dégoulinant de sueur. Un deuxième coup de la panne avant la première stressera trop le patron. Une fois dans le taxi, il se laisse aller au rythme des embouteillages et arrive une demie heure avant l’heure prévue pour les réchauffements. Il s’installe dans la cafétéria, prend un café, commande une bouteille d’eau bien fraiche. Dix huit heures trente : il se dirige vers la salle de théâtre. Presque tous les acteurs sont là. On commence quelques réchauffements pour la voix et le corps. La couturière est là pour les derniers ajustements. Le temps vole. Il est déjà vingt heures. La metteur en scène demande que tous les acteurs mettent leurs costumes, se maquillent. Pour le patron, aucun maquillage prévu. Elle lui propose s’il veut ajouter du noir sous les yeux. Le patron hésite. Il ne préfère pas : ça pourra lui infecter son œil opéré. Ce n’est surtout pas le moment d’avoir des complications. Il se met en costume. A l’intérieur des coulisses, c’est un vrai sauna. Il dégouline. Passe un petit coup aux toilettes par précaution. Ça sera bête si une folle envie de pisser le prenne au milieu du spectacle. Tout le monde est prêt. On se réunit tous sur scène. Une dizaine en tout : sept acteurs et actrices, la metteur en scène, le musicien, le chorégraphe. Ils se mettent en cercle et se serrent tous très fort pour se donner une bonne énergie positive. Puis, chacun à son poste. Le patron monte sur sa chaise haute sur laquelle il sera perché tout au long du spectacle. Il est dos au public, seul sur scène, entouré de cinq poupées de taille humaine qui lui tiennent compagnie dans cette solitude angoissante. Les autres acteurs sont dans les coulisses. Eux, apparaitront plus tard. Il attend que la salle se remplisse. Il entend les voix des spectateurs qui envahissent petit à petit la salle et occupent la totalité des places. Pour la première, les cent quarante places du théâtre sont prises. Plus tard, le patron saura qu’il y a eu une trentaine de personnes qui n’ont pas réussi à rentrer à cause du manque de places. Les portes se ferment à neuf heures exactement. On avise les spectateurs que le spectacle va durer quarante cinq minutes. On leur demande de veiller à ce que leurs téléphones portables soient éteints. Le patron sent le trac le prendre encore plus fort. Il a des vertiges terribles qui s’emparent de son corps comme s’il se laissait aller dans un tourbillon impitoyable. Il n’a qu’une envie : descendre de sa chaise et filer dans les coulisses. Toutes ses répliquent lui échappent comme de l’eau qui glisse entre les doigts. Il panique encore plus. Puis, il se rappelle d’un exercice de respiration pour se calmer. Il commence à respirer alors très lentement et très profondément en prenant soin de bien remplir ses poumons. Petit à petit cette horrible sensation de vertige commence à disparaître bien que son corps continue à réagir par des petites convulsions involontaires. Puis, enfin, il se dit qu’il est là pour s’amuser, que c’est du jeu et qu’il doit en profiter au maximum. Le noir total s’installe. Les acteurs entrent sur scène. Puis, petit à petit la musique commence avec les multiples jeux de lumières. C’est parti. Il se retourne petit à petit vers le public. Devant sa tête, un écran agrandissant sa tête le défigure encore plus. Il n’est plus lui. Il est le personnage !

Quarante cinq minutes plus tard, c’est de nouveau le noir. Des applaudissements. Beaucoup.  Il a les larmes aux yeux. Ça y est. Il disparait enfin dans les coulisses. Embrassades entre acteurs, le metteur en scène est aux anges ! Il se précipite pour se changer. Il est littéralement en nage. Quelques minutes plus tard, il sort. Ses amis sont là pour le féliciter. Sa mère venue avec quelques amis aussi est toute fière de lui. Des admirateurs qu’il ne connait pas viennent le féliciter tout sourire. Il est sur un autre nuage entouré de tous ceux et celles qui sont là pour lui.

Il remercie sa grande copine Josiane (ballade égyptienne) qui est venue exprès avec son pharaon pour voir la pièce et prendre ces superbes photos.

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M
Barvo, mon cher ami...dommage de ne pas etre là!!! Il verra...grosses bises.
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H
Un grand bravo à toi.
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N
Merci pour tous ceux et celles qui m'ont encouragé et qui sont venus aussi m'applaudir. Ce soir c'est la dernière au Caire avant mon départ demain vers le Sud à Minia pour deux autres soirées. La salle était comble pour les quatres représentations ! hi hiiiiii !!!
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L
Bravo Nagui pour ta prestation : nul doute que cela a dû être très difficile la première !!!Quel est le sujet de cette pièce et quel personnage joues-tu juché sur cette chaise et derrière ce miroir grossissant ? Il faut maintenant nous en dire un peu plus . Merci à Josiane pour la vidéo : quel débit tu as , Nagui !!! Bon courage pour la suite . Gros bisous .
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J
Bravo pour cette expérience dont tu nous as si bien narré le vécu. Les meilleurs comédiens sont souvent stressés...donc bonne continuation.
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